a dalle...


ers la fin de l’année 1997, l’écroulement d’un mur de pierres sèches dans le bourg de Teyssieu, près de la fontaine,

en contrebas de l’ancien cimetière jouxtant l’abside de l’église, a amené la découverte d’une dalle de pierre granitique portant un décor sur une face.



  Elle est exposée au pied de la tour, près du panneau de l' association.



 


ette dalle mesure 168 cm de longueur et 60 cm de largeur fragmentaire maximale. L’une des faces, celle portant le décor a été soigneusement dressé mais l’autre, plus fruste, a conservé l’aspect montueux laissé par l’extraction. A son maximum d’épaisseur, ce bloc atteint environ 30 cm.
 
 
 
 
 
 


uestions sur cette dalle


 
Devant une telle pierre, trois questions viennent à l’esprit : quelle était la fonction de cette dalle ? De quelle époque date-t-elle ? Quelle est la nature du motif qui la décore ? On va voir que la première et la dernière de ces interrogations s’éclairent mutuellement. La fonction de la pierre, surtout du fait de la proximité de l’ancien cimetière, apparut d’emblée. Il s’agissait, à n’en pas douter, d’une dalle funéraire ornée d’un motif vraisemblablement d’essence religieuse, susceptible d’illustrer la personnalité ou la fonction du défunt auquel elle était destinée.
 
Posée horizontalement sur une tombe ou sur un caveau, sa face supérieure au niveau du sol, il suffisait que seule celle-ci fut plane. La face inférieure, reposant dans le sol, pouvait, de ce fait, conserver son relief sans que cela fut gênant.




La pierre tombale d’un notable du Moyen Age ?
 
Si l’identification de la fonction de cette dalle ne posait pas de réel problème, en revanche la datation en posa et continue d’en poser. L’œuvre est très vraisemblablement médiévale comme le laisserait supposer son décor que l’on va examiner plus loin. La forme de la pierre, d’une proportion sans doute adaptée au corps qu’elle recouvrait n’a pas encore les dimensions exagérées des plates-tombes des XIVe et XVe siècles aux décors si ostentatoires. Sans doute faut-il la situer entre le XIe et le XIIIe siècle, époque où se répand ce genre de monuments funéraires. Son plan sub-rectangulaire aux angles arrondis inciterait même plutôt à la situer au début de cette fourchette chronologique.
 
Cette dalle funéraire était manifestement destinée à un notable car peu de personnes pouvaient à cette époque bénéficier d’un moyen d’identification d’une sépulture d’une telle importance et sans doute d’un tel prix. Toutefois, il semble que le défunt n’ait été qu’un notable local. Car, bien qu’elle sorte du commun, la couverture de sa tombe est fabriquée dans une pierre de la région et la manière dont elle est taillée, à l’exception de la face supérieure, ne révèle pas un soin excessif, pas plus d’ailleurs que la gravure du décor. Celle-ci, fruste et usée a posé un réel problème d’identification.
 
Un décor vraisemblablement religieux ?
 
Bien que cette pierre nous soit parvenue dans un état fragmentaire, comme le montre les dessins illustrant ce texte, son ornementation semble complète. Elle consiste en un disque formé de deux cercles concentriques dans lesquels s’inscrit une croix en sautoir (en forme de X). Dans chacun des quatre écoinçons de cette croix, l’espace est meublé par un emboîtage de quatre chevrons. Ce disque est monté sur une longue hampe.
 
L’aspect de ce décor, surtout avec la hampe, n’est pas sans évoquer une analogie avec les stèles discoïdales supportées par un pied plus ou moins patté (s’élargissant vers le bas), si communes dans tout le Midi de la France. En seconde analyse, la longueur de la hampe semble étonnante pour une imitation de stèle.
 
Archéologue gersois, Monsieur Léo Barbé, fin connaisseur des questions de stèles discoïdales, consulté à ce sujet, a proposé d’y voir plutôt un objet liturgique ayant, en l’occurrence, une signification symbolique : un flabellum. Initialement, dans l’Egypte pharaonique, par exemple, il s’agissait d’un chasse-mouches en plumes manié par un serviteur ou un esclave au-dessus de la tête d’un personnage de rang social élevé.
 
Aux plumes fut substitué un cercle de tissu monté sur une armature et le flabellum ainsi modifié fut intégré par l’Eglise dans sa liturgie. Gardant toujours plus ou moins son rôle de chasse-mouches, afin d’éviter que les saintes espèces puissent être souillées par le contact des insectes, il ne fut plus manié qu’au-dessus des ecclésiastiques et devint peu à peu un symbole de dignité religieuse. Encore utilisé dans certaines Eglises du Proche-Orient, il ne disparut des attributs honorifiques du Pape qu’en 1965.
 
L’hypothèse d’une tombe d’ecclésiastique ?
 
On peut donc, si l’on admet qu’il s’agit bien de la représentation d’un flabellum, imaginer que la dalle funéraire sur laquelle il figure était celle d’un ecclésiastique. Faute de disposer d’un calice factice en étain (fréquemment déposé dans les tombes de prêtres depuis le haut Moyen Age jusqu’au XVIe siècle), les habitants de Teyssieu auraient gravé sur la tombe d’un desservant de leur église un symbole de sa dignité ecclésiastique.
 
Les représentations d’objets symboliques sur les tombes de prêtres ne sont pas rares. On connaît les calices (ou bien la figuration complète de l’ecclésiastique portant un calice et revêtu de ses ornements sacerdotaux) mais, outre le flabellum, on peut encore citer le soc d’araire entouré de deux croix. Il s’agit alors d’une allusion à l’œuvre du prêtre qui, tel un laboureur, a tracé son sillon dans l’âme de ses fidèles pour y ensemencer le message des Ecritures et y faire jaillir la riche moisson de la foi.
















Bien sûr, la méconnaissance demeure à propos de l’identité du défunt puisque la dalle de Teyssieu est anépigraphe (sans inscription). Mais, après tout, ce qui importe infiniment plus qu’un nom c’est que demeure le souvenir –grâce à cette pierre- d’un prêtre vraisemblablement entouré de l’affectueuse reconnaissance de ses paroissiens.

 
 
Texte de :
Gilbert-Robert DELAHAYE
Vice -Président de l'Association Française d'Archéologie Mérovingienne
Président de la Société des fouilles archéologiques de l'YONNE

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